François Paquet

CLH : Y a-t-il une sonorité ou une image sonore propre à l’EMIQ ? Est-ce qu’on pourrait le reconnaître sur un enregistrement ?

François : Je pense que oui, et ça vient surtout de l’éclectisme des musicien·nes. On a des gens de backgrounds très différents : free jazz, classique, rock, performance, autodidactes ou ultra formés. Ce mélange-là colore vraiment le son. Ça change à chaque concert, parce que la formation varie tout le temps. Ce n’est jamais la même composition humaine, donc musicalement, c’est toujours nouveau et imprévisible.

CLH : Et malgré cette diversité, est-ce que ça donne une identité ?

François : Justement, c’est ça l’identité : l’absence de formule fixe. C’est ça qui rend la chose unique.

CLH : Qu’est-ce qui fait une bonne ou mauvaise soirée ?

François : Une bonne soirée, c’est quand on sent que les musicien·nes dialoguent vraiment. Mais même une soirée plus difficile peut être importante. Elle provoque des questions, des réflexions. L’auditeur·ices a aussi un rôle à jouer dans cette interaction.

CLH : Quelle est l’identité artistique de l’EMIQ pour toi ?

François : Pour moi, c’est un outil d’ouverture. C’est inclusif, ça donne accès à la musique improvisée, autant pour les musicien·nes que pour le public. Je le vois comme pédagogique, au sens de faire découvrir, pas de transmettre un savoir fixe. Même les musicien·nes expérimentés y apprennent quelque chose.

CLH : Et l’aspect collectif ?

François : C’est clair que Rémy est le moteur, mais c’est ouvert. Si je voulais organiser quelque chose sous le nom de l’EMIQ, je pourrais. Et avec musiquepasd’air, c’est complètement collectif, horizontal.

CLH : Y a-t-il une vibration, un son qui représente Québec pour toi ?

François : Pas un son précis, mais une ambiance : un calme bouillonnant. C’est une petite ville, mais il y a beaucoup de création. Ce n’est jamais oppressant, c’est à échelle humaine. Et même géographiquement, la distinction Haute-Ville / Basse-Ville a influencé l’organisation culturelle, même si ça tend à s’effacer.

CLH : Est-ce que l’activité d’EMIQ est importante pour la ville ?

François : Pour la grande ville, c’est marginal. Mais pour la communauté, c’est essentiel. Ça crée un espace de rencontre, ça nourrit le tissu social autant que musical.

CLH : Et l’audience à Québec, elle est différente ?

François : C’est une petite scène, très fidèle. À Québec, on connaît tout le monde. Il y a une proximité, une facilité de contact avec le public qui est très forte. C’est peut-être moins anonyme qu’ailleurs.

CLH : Quelle place a la liberté dans cette musique ?

François : Elle est fondamentale. La liberté de jouer, de ne pas jouer, de proposer ses propres règles. Même lorsqu’on se met des contraintes, c’est encore un acte libre. Et c’est ça qui rend cette musique pertinente.

CLH : Si tu devais supprimer un mot : composition, concept ou improvisation ?

François : Composition. C’est celui qui s’applique le moins à l’EMIQ.

CLH : Qu’est-ce qui rassemble ou divise les improvisateur·ices ?

François : L’écoute, c’est ce qui rassemble. Et ce qui divise, c’est quand deux idées musicales ne veulent pas se rencontrer. Mais même ça, ça peut être intéressant à explorer. La division n’est pas toujours négative.

CLH : Ton son favori ?

François : Un son long, grave, charnu… un son avec du corps.

CLH : Une note spéciale ?

François : Ré. C’est la seule que je pouvais reconnaître sans repère. Peut-être à cause de l’Art de la fugue de Bach.

CLH : Un intervalle préféré ?

François : La quinte juste. J’aime son côté creux, ouvert. Et en tant que guitariste, c’est un intervalle familier et central.